📍 Catégorie : Insolite | Pays : Belgique
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Au centre de Crupet, l'un des Plus Beaux Villages de Wallonie, se dresse une étrange petite montagne de pierre, coincée entre l'église Saint-Martin et l'ancien presbytère. De loin, on pourrait la prendre pour un caprice naturel du relief. De près, on découvre une dizaine de statues polychromes, des escaliers glissants, et surtout une gigantesque figure du Diable qui a fini par donner son nom à tout l'édifice : la grotte du Diable.

Pourtant, rien ici n'est naturel. Tout, de la première pierre à la dernière, a été voulu, pensé et construit par des mains humaines — celles des habitants du village eux-mêmes.


Une grotte au cœur du village

Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, la grotte de Crupet n'est pas une cavité creusée dans la roche : c'est une construction entièrement artificielle, dans un style volontiers qualifié de « kitsch », qui s'élève comme un petit relief entre deux bâtiments du centre du village.

Sa vocation première n'a d'ailleurs rien de démoniaque : la grotte est officiellement dédiée à saint Antoine de Padoue, célèbre prédicateur franciscain né à Lisbonne en 1195 et mort près de Padoue en 1231, traditionnellement invoqué pour retrouver les objets perdus. À l'intérieur, plusieurs scènes reconstituent des épisodes de sa vie à l'aide de statues en plâtre et en fonte.

Mais c'est une autre statue, bien plus impressionnante, qui a fini par voler la vedette au saint patron du lieu : celle du Diable, en fonte, pesant environ 700 kilos, dressée à l'arrière de l'édifice — suffisamment terrifiante pour avoir donné son surnom populaire à l'ensemble du site.


L'histoire d'un curé bâtisseur

La construction de la grotte débute en 1900 et s'achève en 1903, à l'initiative du curé de l'époque, le chanoine Jules Gérard, curé de Crupet. Mais contrairement à un chantier classique confié à des professionnels, ce sont les habitants du village eux-mêmes qui ont bâti la grotte, pierre après pierre — et uniquement pendant leur seul jour de repos, le dimanche, pendant plus de trois années consécutives.

Le chantier est titanesque pour un si petit village : environ 300 tonnes de pierre et 30 tonnes de ciment ont été nécessaires, pour un coût total estimé aujourd'hui à plus de 700 000 euros.

Une légende (et une explication moins pieuse)

Une anecdote locale, souvent racontée avec le sourire, veut que l'abbé Gérard, pour maintenir le moral de ses troupes bénévoles levées dès potron-minet, n'ait pas hésité à distribuer quelques petits verres au fil des travaux.

Derrière l'anecdote se cache une explication plus politique : le tournant du XXe siècle est aussi celui où le socialisme et le libéralisme progressent parmi les ouvriers carriers de la région. Selon plusieurs sources locales, l'abbé aurait vu dans ce chantier collectif un moyen habile d'occuper les dimanches des habitants autour d'une œuvre pieuse, plutôt que de les voir s'éloigner de la pratique religieuse ou assister à des réunions politiques concurrentes.

Vraie stratégie pastorale ou simple élan de ferveur populaire, l'histoire retient en tout cas que ce chantier collectif, mené sans architecte professionnel, a soudé le village autour d'un projet commun pendant plus de trois ans.


Ce qu'on découvre sur place

La grotte se visite sur environ trois niveaux : le niveau 0, du côté de la rue haute, le niveau 1, côté cimetière, et un niveau 2 accessible depuis l'avant et l'arrière de l'édifice. La visite complète, courte, se fait en quinze à trente minutes — largement de quoi l'intégrer dans une balade plus large à travers le village et ses environs.

Quelques points pratiques à connaître avant de s'y rendre :

  • Accès libre, tous les jours de l'annĂ©e, gratuitement.
  • L'escalier du fond de la grotte devient glissant par temps de pluie — une rampe est toutefois installĂ©e pour aider Ă  la montĂ©e.
  • Le site n'est pas accessible aux personnes Ă  mobilitĂ© rĂ©duite ni aux poussettes, en raison des nombreux escaliers.
  • Les statues, notamment celle du Diable, peuvent impressionner les jeunes enfants : mieux vaut prĂ©venir avant la visite plutĂ´t que de crĂ©er une mauvaise surprise.
  • Les chiens sont autorisĂ©s, et un parking gratuit se trouve juste en face, non loin d'un cafĂ©-restaurant local.
  • MalgrĂ© l'absence de miracle qui lui serait attribuĂ©, la grotte attire chaque annĂ©e plusieurs milliers de visiteurs, y compris des groupes venus de l'Ă©tranger.

À proximité immédiate, le village de Crupet réserve d'autres curiosités : l'église Saint-Martin, un donjon médiéval, une chapelle Saint-Roch, ou encore un point de vue dominé par un Sacré-Cœur — de quoi prolonger la balade au-delà de la seule grotte.


Un art populaire, entre ferveur et fantaisie

Ce qui frappe, dans la grotte de Crupet, ce n'est pas tant sa beauté — d'ailleurs discutée, tant son style hétéroclite divise les visiteurs — que ce qu'elle raconte : un village entier mobilisé, dimanche après dimanche, autour d'un projet religieux devenu, avec le temps, une curiosité touristique bien plus connue pour son Diable que pour le saint auquel elle était initialement destinée.

Elle rejoint, à sa manière modeste et villageoise, cette même famille d'édifices insolites bâtis par la volonté d'un seul homme ou d'une communauté entière — comme la tour d'Eben-Ezer un peu plus au nord — où la pierre devient le support d'une conviction, qu'elle soit spirituelle, politique ou les deux à la fois.

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Le saviez-vous ?

Saint Antoine de Padoue est né à Lisbonne en 1195 et mort près de Padoue en 1231. Franciscain et prédicateur réputé pour son éloquence, il fut canonisé moins d'un an après sa mort, en 1232 — l'une des canonisations les plus rapides de l'histoire de l'Église. Il est traditionnellement invoqué pour retrouver les objets perdus ou les choses oubliées, une dévotion populaire qui explique en partie pourquoi tant de villages, comme Crupet, lui ont dédié chapelles et grottes.

À ne pas confondre avec saint Antoine l'Ermite (ou saint Antoine le Grand), souvent représenté avec un cochon à ses côtés — un tout autre saint, plus ancien, associé au désert égyptien plutôt qu'au Portugal et à l'Italie.


Pour aller plus loin sur place : la grotte se situe juste à côté de l'Office du tourisme d'Assesse, qui pourra renseigner sur les autres balades et curiosités du village. Comptez une petite demi-heure sur place, à intégrer dans une découverte plus large de Crupet, classé parmi les Plus Beaux Villages de Wallonie.